À propos d’une conférence de « très très haut niveau » sur les humanités numériques

Le 19 novembre 2014, Bruno Latour donna l’une des conférences « d’un très très haut niveau » [0’26’’] organisées à la BnF grâce au soutien de la Fondation del Duca – Institut de France. Intitulée « Ce que le numérique fait aux humanités », cette conférence a été enregistrée en vidéo et re-circule aujourd’hui sur les médias sociaux grâce à sa rediffusion sur les réseaux par France Culture Plus – excellent site que je vous recommande vivement par ailleurs.
En voici la présentation sur le site de FCPlus :

« L’impact du numérique sur le travail intellectuel a donné naissance à un domaine d’expérimentation multiple qu’on appelle les « humanités numériques ». Bruno Latour a participé de plusieurs manières à ces expérimentations notamment par la création du médialab de Sciences Po, mais aussi par un programme de recherche collaboratif, « Enquête sur les modes d’existence », qui allie un site web modesofexistence.org avec un livre papier. Il présente ici quelques pistes de réflexion sur les mutations que le numérique engendre pour les humanités et les sciences sociales. » Continuer la lecture de À propos d’une conférence de « très très haut niveau » sur les humanités numériques

Histoire et Cité. Les rencontres de Genève

Screenshot from 2015-05-12 20:13:55Une brève pour signaler à nos lecteurs le tenue du 13 au 16 mai 2015 des premières rencontres « Histoire et Cité » à Genève.

 

Tout un aspect du programme est centré sur les Digital Humanities, avec notamment un Salon spécifique, un booksprint pour éditer une anthologie de textes pacifistes, des séances de posters autour d’outils numériques, ainsi que des conférences et débats.

Nouvelles approches quantitatives en histoire et sciences sociales

Je relaie l’appel à candidature pour cet atelier doctoral, organisé par  François Dumasy (EFR), Michael Gasperoni (EFR), Silvia Sebastiani (EHESS) et Claire Zalc (CNRS), il aura lieu en octobre à l’École française de Rome :

_____________________________

Atelier doctoral organisé à l’École française de Rome, les 6-9 octobre 2015 – Réception des candidatures jusqu’au 30 mai 2015

La Méditerranée : un laboratoire de l’histoire globale et des processus de globalisation – Session 2015 :

« Les nouvelles approches quantitatives en histoire et en sciences sociales« 

_____________________________

Présentation : « Longtemps présente dans l’historiographie française des Annales, l’histoire quantitative a été longtemps assimilée à une histoire sérielle et principalement économique. Critiquée et repensée par la micro-histoire, renouvelée par les transformations des outils, notamment informatiques, elle a connu une profonde évolution de ses objets et ses méthodes et s’offre aujourd’hui comme une approche fructueuse de la recherche en histoire, mais aussi, au-delà, en sciences sociales. En proposant un ensemble d’instruments épistémologiques et techniques concernant aussi bien l’histoire économique que l’histoire sociale, culturelle, politique ou encore démographique, elle n’a cessé de s’alimenter du dialogue fécond avec les sciences sociales en général, qu’il s’agisse de la sociologie, de l’anthropologie, de l’économie ou des sciences politiques.« 

Objectifs de l’atelier, déroulement, condition de candidature, etc. :

cliquez ici.

Écriture connectée : le retour d’expérience de @peccadille

L’une des questions centrales qui se posent à toutes celles et ceux d’entre nous qui nous intéressons au « numérique » concerne les transformations pratiques, dans le quotidien des chercheurs, occasionnées par le développement des outils informatiques et des ressources numériques utiles à la recherche.

En effet, s’il est courant de parler de « révolution numérique », c’est souvent sous la forme de grandes déclarations tonitruantes (qui ne sont pas sans rappeler celle d’Emmanuel Le Roy Ladurie concernant les historiens programmeurs en 1967… on sait aujourd’hui ce qu’il en est advenu) ou de « success story » de projet informatiques lourds ou d’investissements considérables de chercheurs dans l’apprentissage et l’utilisation d’outils – dont je ne dément absolument pas l’utilité et le caractère parfois révolutionnaire bien sûr – mais dont la majorité des historiennes et historiens n’auront probablement pas besoin au cours de leur carrière… En tous cas ils et elles en sont persuadés et cela limite généralement les discussions autour du « numérique » à celles et ceux que cela intéresse a priori.

Dans ces conditions, il est difficile d’appréhender les transformations pratiques les plus diffuses du métier d’historien-ne autrement que par des retours d’expériences (voir ici et ), ou des petites enquêtes individuelles – telle que celle que j’ai lancée il y quelques jours (et à laquelle vous pouvez continuer de répondre!).

Johanna Daniel, que vous connaissez probablement sur Twitter sous le nom de Joh Peccadille, n’est pas seulement l’auteur de l’excellent blog Orion en aéroplane. Elle tient aussi depuis quelques mois un carnet de recherche : Isidore et Ganesh.

Dans un billet tout juste publié : « Écriture 2.0/connectée : retour sur la rédaction d’un mémoire« ,  elle vient d’apporter une nouvelle pierre à l’édifice qui nous permet de mieux comprendre ce que veut dire faire de la recherche à « l’ère numérique ». Auteure d’un mémoire qui, déjà, visait à étudier, comme son titre l’indique, « Les outils d’annotation et l’édition de corpus textuels pour la recherche en SHS« , elle revient ici en détail sur ses propres pratiques d’ « écriture connectée » et se pose quelques questions du type :

  • à quoi lui a servi Twitter ?
  • en quoi participer à un blog collectif « privé » puis tenir son propre carnet de recherche lui a-t-il été utile ?
  • quelles circulations entre « écriture papier » et « écriture numérique » ?
  • quels outils d’écriture / relecture collaborative a-t-elle mobilisé ? avec quels résultats ?

Vous l’aurez compris, je vous recommande vivement la lecture de ce billet très éclairant et stimulant. Il constitue un excellent témoignage des transformations du métier de chercheur, et une invitation à nous intéresser de plus près à ces mutations concrètes qui sont en mesure d’affecter toutes les pratiques historiennes, et non seulement celles des seuls « digital humanists« .

*

*     *

Si le billet de @peccadille vous inspire et que vous souhaitez revenir de la même façons sur vos pratiques (avec photos de vos espaces de travail notamment – cela apporte beaucoup au billet) , n’hésitez pas à nous contacter, une publication sur La boîte à outils des historiens est tout à fait envisageable 😉

Le numérique un défi pour l’historiographie ?

Journées d’études organisée à l’EHESS par l’atelier « Recherches et pratiques historiographique » et coordonnées par Aurore Dumont et Pablo Aviles Flores :

Entre outil et culture. Le numérique un défi pour l’historiographie ?

Argument


 

« Cette double journée d’étude est inscrite sous le signe du numérique. Terme bien embarrassant, tant il semble ressortir moins du concept que de l’attrape-tout ; tant il pointe dans une triple direction, celle de la technologie, celle de l’outil et celle de la culture : tant il évoque assurément la langue française qui le préfère à ses concurrents anglo-saxons ; tant il peine aussi à se démarquer nettement des notions voisines quoique distinctes que sont informatique, internet, web ; tant il recouvre une inclination des sciences humaines et sociales à, soit recomposer les champs disciplinaires existants, soit à en constituer un nouveau sous les noms divers d’Humanités numériques, d’Humanités digitales, ou d’Humanisme numérique. Continuer la lecture de Le numérique un défi pour l’historiographie ?

Animer un graphique ou une carte avec Gimp

Depuis un moment déjà, à force de lire des blogs tels que ceux d’Arthur Charpentier « Freakonometrics » ou d’Éric Brian et Marie Jaisson, « s1h » (l’annexe électronique à Le Sexisme de la première heure. Hasard et sociologie), j’avais envie d’apprendre à animer des graphiques… Voici un exemple tiré de Freakonometrics :

Source : A. Charpentier. "The role of blogging in academia", Freakonometrics, 10/10/2013
Source : A. Charpentier. « The role of blogging in academia« , Freakonometrics, 10/10/2013

Mais pourquoi animer un graphique ou une carte ?

Il y a bien sur le côté un peu gadget dont je suis friand… mais l’intérêt est bien réel. L’animation de graphiques ou de cartes permet : Continuer la lecture de Animer un graphique ou une carte avec Gimp

Faire une carte avec Philcarto

La représentation cartographique de données semble parfois trop compliquée pour qui voudrait juste représenter des statistiques simples (un effectif total ou un taux par exemple). Or, beaucoup de spécialistes vous le diront, l’usage d’un SIG ou de R pour réaliser des cartes permet certes d’aller très loin, mais il ne s’impose absolument pas.

Utiliser une masse pour planter un clou ?

C’est là, il me semble, une question importante à  se poser concernant l’usage de tout outil informatique : dois-je implémenter une base de données ou un tableur suffira-t-il ? dois-je apprendre à utiliser R, SAS, SPSS… ou est-ce qu’Excel fera l’affaire ? me faut-il abandonner le traitement de texte pour LaTeX ? (je vous vois venir… non, pour Zotero, la question ne se pose pas… au boulot!)

S’interroger dès le départ est important car l’apprentissage de certains outils peut-être très fastidieux, surtout en auto-formation. L’alternative n’est toutefois pas toujours simple : d’un côté, compte tenu du temps limité dont on dispose pour mener à bien un master (ou, de plus en plus, un doctorat) se lancer à corps perdu dans l’apprentissage d’un outil dont on aura finalement à peine besoin peut s’avérer désastreux ; mais de l’autre, se familiariser avec des outils avancés peut s’avérer un investissement de long terme non négligeable pour de futures recherches (voire pour un recrutement).

Pour en revenir à la cartographie… les possibilités offertes par R sont très intéressantes (voir les travaux de Baptiste Coulmont) mais, si vous ne l’utilisez pas par ailleurs et que votre objectif est juste de représenter la répartition départementale d’une population par exemple, il vaudra mieux vous tourner vers un logiciel bien plus simple d’utilisation (pour les bases en tous cas) : Philcarto.

[Edit. Petite précision importante : pour pouvoir utiliser Philcarto, votre ordinateur devra tourner sous Windows]

Philcarto, kézako ?

Sur le site du PIREH consacré à la cartographie pour historien, ce logiciel est présenté de la façon suivante :

« Philcarto est ce qu’on appelle un logiciel de cartographie thématique de données statistiques, autrement dit c’est un logiciel qui permet de créer des cartes sur lesquelles vont être localisées spatialement des informations statistiques sur un sujet donné. (…) Parmi les possibilités offertes par le logiciel, on pourra citer les cartes choroplethes, les cartes en cercles, les cartes en semis de points, les cartes de liens et de réseaux, etc… En revanche, Philcarto ne permet pas de géolocaliser une carte, ou bien d’interroger une base de données à partir de requêtes et d’obtenir un résultat cartographique. Pour ce genre de choses, il faut utiliser un logiciel de SIG Côme gvSIG ou QGis. »

Couverture DOCS GRANIT n°3_01C’est un géographe de l’université de Bordeaux, Philippe Waniez, qui a créé ce logiciel et qui permet de le télécharger gratuitement sur son site (pour plus d’informations sur l’histoire du logiciel, voir ici).

Outre le logiciel, il met à disposition une documentation très complète pour apprendre à l’utiliser, les DOCS de GRANITS, ainsi qu’une bibliothèque de fonds de cartes. La suite de ce billet vise donc simplement à vous aider dans une première prise en main du logiciel pour réaliser une carte très simple, mais notez d’emblée que les possibilités de Philcarto sont beaucoup plus larges et que vous pourrez en apprendre (vraiment beaucoup) plus…

Créer une carte avec Philcarto : 1 – effectifs

[La suite du billet suppose le logiciel installé sur votre ordinateur et le/les fonds de carte qui vous sont nécessaires téléchargés depuis le site de Philippe Waniez]

Tableau1Avant de lancer le logiciel, il vous faudra préparer vos données… Pour réaliser une carte de répartition départementale d’effectifs de population ou, comme dans l’exemple ci-dessous, de nombre de décès, il suffit de créer un tableau sous Excel. Dans la colonne de gauche il vous faut indiquer les codes INSEE des unités territoriales (ici les codes des départements) ; dans la colonne de droite les quantités à représenter.

Important : votre fichier doit être enregistré sur votre ordinateur au format .xls (et non .xlsx par exemple, extension par défaut sur les dernières versions d’Excel, ou .ods pour LibreOffice)

Vous avez enregistré sur votre ordinateur un fond de carte et un fichier .xls avec vos données, vous pouvez lancer Philcarto :

Carte1À chaque démarrage vous devrez accepter les conditions d’utilisation de Philcarto. Une fois cliqué sur « J’accepte », vous devez choisir le fond de carte à utiliser.

La première fois, vous devrez aller chercher le fond dans votre ordinateur. Les fois suivantes, Philcarto aura créé un raccourci qui vous évitera cette opération (très pratique lorsque vous utilisez le même fond régulièrement).

Carte2Une fois le fond de carte sélectionné, même opération avec les données statistiques :

Carte3Une fois le fichier sélectionnez, patientez quelques secondes le temps que Philcarto associe vos données au fond de carte :

Carte5Selon le fond que vous aurez choisi, il est possible que Philcarto vous demande de choisir le calque correspondant à la bonne division territoriale de vos données. Dans l’exemple choisi ici, le fond permet de travailler sur les région et/ou les départements. Mes données étant départementales, je choisis « Départements » :

Carte6

Carte7Le logiciel identifie automatiquement le type de données contenues dans votre tableau (s’il y avait une erreur vous pourriez modifier cette proposition… je n’ai jamais constaté d’erreur) :

Carte8

L’interface s’affiche ainsi, et en cliquant sur vos données (ici « Décès 1975″) le logiciel vous propose plusieurs représentations possible, identifiées ici par trois symboles, chacun correspondant à un type de carte différent : en points, en cercles ou en « modèle de gravitation de Huff » :

Carte9Il suffit de cliquer sur l’un des symboles pour afficher la carte. Pour revenir à l’étape précédente, vous devrez cliquer sur le bouton « CARTO » (en vert, en haut à droite) et sélectionner un autre type de carte.

Voici les trois types appliqués aux données de décès utilisées ici :

AnimQuantite2Une fois que vous aurez choisi le type de carte qui vous convient le mieux, vous pourrez l’enregistrer en cliquant sur l’onglet « Carte » dans la barre d’outil. Trois formats vous sont proposés :

  •  .EMF : Enhanced Metafile qui est un format d’image Windows (voir ici)
  •  .AI : Adobe illustrato artwork qui est un format de représentation vectorielle développé par Adobe (voir ici)
  •  .SVG : Scalable Vector Graphics autre format vectoriel (voir ici)

Vous devrez tester ces trois formats pour vérifier quels sont les logiciels dont vous disposez pour pouvoir les ouvrir… Notez par ailleurs que vous disposez aussi de l’option « Copier la carte » qui vous permettra, par exemple, de copier directement votre carte dans votre traitement de texte ou dans votre logiciel de présentation.

Par un petit jeu de montage, de rognage, d’ajout de texte etc. vous pourrez ensuite modifier une carte y ajouter un titre etc. pour vos exposés, mémoires, articles ou… vos billets de blog :
Décès-Population_1975

Créer une carte avec Philcarto : 2 – taux

La procédure pour réaliser une carte de taux est exactement la même que pour les quantités. Notez simplement que les types de cartes qui vous seront proposés seront forcément différents…

Philcarto_TauxIci encore, ce sont les mêmes données qui sont représentées de façon différentes. En revanche, ce qui chance ce n’est pas le type de carte mais la méthode de discrétisation.

La méthode Q6 correspond, par exemple, à une :

« Discrétisation selon les quartiles avec isolement des queues de la distribution par définition de deux classes extrêmes. Les 6 classes sont définies avec les bornes suivantes : minimum, percentile 5, 1er quartile, médiane, 3e quartile, percentile 95, maximum. Cette discrétisation permet de séparer 5% des unités spatiales ayant les valeurs les plus petites, et 5% les plus grandes. » (source)

(Voir le doc de granit n°1, p. 73-74 ici pour les explications concernant chaque méthode).

*
*   *

J’espère vous en avoir convaincu, la prise en main de Philcarto est très simple pour des représentations de base, mais comme je vous l’indiquais plus haut, Philcarto permet d’aller beaucoup plus loin en représentation cartographique de données statistiques. À vous de jouer maintenant !

« Les grand corpus en ligne changeront-ils la boîte à outils de l’historien.ne ? » par Claire Lemercier

Un bref billet pour vous signaler la mise en ligne d’une intervention de Claire Lemercier au séminaire Data, digital methods and mapping social complexity intitulée :

« Les grand corpus en ligne changeront-ils la boîte à outils de l’historien.ne »
Résumé : « Cette intervention tentera de remettre en perspective les changements en cours, liés à la numérisation massive de corpus variés, avec la première période d’âge d’or proclamé de la quantification en histoire et dans les humanités, aujourd’hui souvent oubliée. Cet âge d’or avait été suivi d’un rejet assez massif et n’avait pas réellement modifié la boîte à outils de la plupart des historien.ne.s. Peut-il en aller autrement aujourd’hui, et à quelles conditions ? Quelques pistes seront présentées à partir d’une expérience de chercheuse ayant parfois sollicité de grands corpus, et de formatrice ayant souvent accompagné des collègues ou étudiants dans une réflexion à ce sujet. Le propos sera ancré dans les spécificités de l’histoire comme communauté disciplinaire, mais pensé pour appeler réponses ou comparaisons de la part de spécialistes d’autres disciplines, notamment de la littérature ou de l’informatique. » (source)



Claire Lemercier: « Les grand corpus en ligne… par ENSCI