Un étudiant (sur le tard) au WikiMOOC

Luc Bentz, 61 ans, jeune retraité et nouvel étudiant en L1, a participé à un « cours en ligne ouvert et massif » (Mooc) proposé par France Université Numérique (Fun) : le WikiMOOC, résultat d’un partenariat Fun/Wikimedia France. Il rend compte ici de cette expérience

Tout étudiant d’un Cours en ligne ouvert à tous est atypique par définition puisque tout un chacun peut suivre un cours, plus précisément, pour reprendre le jargon un Mooc. Je suis donc atypique comme les participants au cours en ligne que j’ai suivi.

Il convient que je précise quel était mon positionnement, en quelque sorte d’où je me situais (1), quelles étaient la nature du Mooc (2) et son fonctionnement (3). Il reste alors à indiquer comment (et dans quel esprit) j’y ai participé et comment il s’est achevé (4) avant, peut-être, de me risquer à un semblant de conclusion.

(1) Chaque atypisme est particulier. J’ai suivi ce cours en étant retraité de fraîche date ; je l’ai suivi aussi en ayant commencé, en présentiel comme n’importe quel étudiant « ordinaire », une première année de licence de science politique à Paris-Ouest–Nanterre–La Défense (et, pour tout dire, ça occupe un peu plus qu’à temps plein quand on entend relever le défi sérieusement).

(2) Le cours que j’ai suivi avait ceci de particulier qu’il résultait d’une collaboration entre Wikimédia France et France Université Numérique. Son objet était d’initié en cinq semaines (avec un travail hebdomadaire de trois heures) à la rédaction d’articles sur Wikipédia, avec au passage une initiation à l’utilisation (y compris comme contributeur) de Wikimedia Commons.

(3) Il y avait deux volets : 1 l’acquisition des principes de la rédaction encyclopédique, en particulier sur Wikipédia (sources ; neutralité…) ; 2⁰ la maîtrise technique de l’éditeur de Wikipédia (comment insérer un lien interne ou externe, faire une note, citer un document, insérer une illustration…).

Chaque semaine, le lundi, un cours était mis en ligne, en deux séquences suivies chacune d’un quizz. Une seule validation possible par quizz et un résultat cumulé. En quatrième semaine, il fallait avoir produit une page au brouillon (section « brouillon » de son espace utilisateur Wikipedia). Chaque étudiant devait évaluer la page de trois pairs et être évalué de même (deux évaluations étant retenuesi. L’évaluation par les pairs représente la moitié de l’évaluation globale, le reste découlant des résultats aux quizz. La certification est possible à partir d’un taux de réussite global de 60 %ii.

(4) Il y a plusieurs années que je contribue à Wikipédia, irrégulièrement, selon mes disponibilités. J’ai appris, comme bien d’autres, sur le tas, en identifiant et reprenant des bouts de code, des exemples de syntaxe (une compétence qui remonte, par transfert, de l’époque où je codais en HTLM). J’ai vu dans le WikiMOOC l’intérêt d’une acquisition de compétences (donc de savoirs susceptibles d’être mobilisés dans un but défini) plus systématisée. En somme, si le cours avait deux volets (ou deux grands axes), mon choix était double aussi : 1 tester comme apprenant un cours en ligne ouvert et massif (quel qu’il soit pourvu qu’il me convienne)iii ; 2⁰ améliorer mes compétences wikipédiennes, quand bien même je me suis efforcé d’en respecter à la fois les principes et la syntaxe.

La difficulté pour moi était de dégager le temps nécessaire. Trois heures dans une semaine, ce n’est rien… mais ça dépend des semaines et de ce que l’on fait à côté. Il est donc nécessaire de s’accrocher. Mais après tout, et j’avais la pratique, et j’avais eu l’occasion de me pencher sur Wikipédia dans le cadre d’un module en ligne « Grands Repères » suivi au premier semestre par tous les étudiants de L1 à Nanterre. En outre, le charme de l’apprentissage de la dissertation ou de la composition juridiques m’avait permis en complément de l’apport des « Grands Repères », de me familiariser avec les usages académiques de la bibliographique.

C’était assurément un petit avantage par rapport à d’autres, notamment les « grands commençants » du Wikimooc, mais qui n’autorisait pas à préjuger d’une réussite les doigts dans le nez… ou plutôt sur le clavier. Même un sérieux bagage de connaissances conforté par une pratique, irrégulière certes, mais remontant à dix ans, ne le garantit pas. Le fait d’être enseigné, même par soi-même, implique nécessairement d’accéder à des savoirs supplémentaires. Ils ne sont pas nécessaire de l’ordre du détail, de la finesse, de la subtilité, bien que — à l’instar de la relecture multiple d’une œuvre littéraire, et, par extension (lego, c’est cueillir, choisir), musicale, visuelle, etc. — ce soit une source de bonheurs supplémentaires (intellectuels plus qu’esthétique dans le cas présent).

La Connaissance (avec un grand C), en effet, n’est pas qu’une fractale de Mandelbrot : c’est aussi l’occasion d’établir des réseaux de relations nouvelles entre des (ses) savoirs multiples, de faire apparaître des éléments cachés, de remettre en cause des représentations qui semblaient aller de soi. C’est ce que m’a appris mon premier semestre universitaire (ah ! la découverte du contrôle de conventionnalitéiv!), au-delà de simples « ajustements». C’est pourquoi, comme pour mon année de fac, j’ai décidé de jouer « la règle du jeu »v. Mais évidemment, il a parfois fallu jongler… jusqu’à répondre à un quizz un peu trop vite. En étudiant studieux, je suis particulièrement occupé (objectivement, je n’ai jamais autant travaillé dans tout mon parcours scolairevi). Mais il serait présomptueux de s’imaginer plus contraint que tel autre wikimookien à l’activité professionnelle chargé, a fortiori quand c’est un néo-wikipédien (autrement dit : quelqu’un qui suit le WikiMOOC en n’ayant jamais contribué à Wikipédia) pour lequel la marche est haute et les trois heures de travail une référence un tantinet optimiste.

Voici donc mon bilan final :

WikiMOOC_LB

Avec 83 % en moyenne, la complétion du cours peut être certifiée. On n’en est pas au stade « excellent » (qui aurait requis 90%) et le quizz « manqué » de la 5e semaine ne l’explique pas

Le jugement par les pairs est intervenu, avec des remarques fondées pour qui entend s’attacher à la rigueur. Cela nécessite de reprendre le cours (téléchargé), de méditer sur les choses qui ont été relevées et… reprendre la page en articulant bien les passages et les références : l’auteur fait le lien, avec deux ou trois phrases avant ou après ; il faut pourtant s’assurer qu’il n’y ait pas d’ambiguïté pour le lecteur. On a donc, après coup, travaillé et retravaillé la page « d’exercice » devenue une page Wikipédia « de plein exercice ».

Le suivi d’un Mooc nécessite un engagement réel. La vérification d’un travail par les pairs (dans un cadre anonyme de part et d’autre) ne manque pas d’intérêt ; par les commentaires qu’elle permet, elle renseigne mieux qu’une sèche note chiffrée sur la qualité du travail final (en quoi c’est plus intéressant qu’un QCM, quand on y songe). J’ai laissé des commentaires ; j’en ai reçu (et j’y ai répondu car c’était possible une fois). Depuis, ma réflexion a cheminé.

Le Mooc est exigence. Au début, il comptait 5 900 inscrits passés, au démarrage effectif, à 5 000 inscriptions confirmées. À l’arrivée 500 brouillons ont été effectivement communiqués pour évaluations. Avec les oublis (il est des réveils — trop — tardifs), l’effectif d’étudiants ayant suivi le Mooc de bout en bout représente 10 % de l’effectif de départ. Il semble que ce soit dans la moyenne constatéevii. On peut imaginer que certains ont préféré le suivre sans s’occuper de la certification, et que d’autres ont décroché au fur et à mesure.

Les candidats (au début de l’opération) ont été invités à répondre à un questionnaire d’une doctorante en sciences de l’éducation de l’IREDU l(Institut de recherche en éducation de l’Université de Bourgogne). Certains l’ont fait (dont moi… manière d’inscrire la réflexivité dans ma démarche), d’autres pas. Il serait intéressant, hors des résultats de cette étude, de disposer aussi de statistiques sur la participation (quand abandonne-t-on ? Y a-t-il corrélation avec les résultats aux quizz précédents?). En d’autres termes, outre l’évaluation des enseignants, celle du dispositif lui-même ne serait pas inintéressante.


Le Wikimooc est accessible sur la plateforme FUN (France Université Numérique), mais, accessible encore au 26 mars 2016, peut être fermé dans les semaines qui suivent : https://www.fun-mooc.fr/ (chercher WikiMOOC).

Une page de discussion est accessible sur Wikipédia.

La page principale du Wikimooc (sur Wikipédia) est là.


Notes :

i Les deux évaluations « en retour » (sur sa propre production) visent peut-être à parer aux défaillances de dernière minute, mais c’est une supposition  de ma part. Le secret reste caché dans la « boîte noire » du Mooc.

ii « Le certificat atteste juste de la complétion du MOOC, du fait qu’il a été suivi de manière assidue. Et c’est un document PDF que vous pourrez valoriser sur les réseaux sociaux professionnels tels que Linkedin, ou bien joindre à votre CV si besoin. » (réponse d’un des organisateurs du Mooc sur la page de discussion Wikipedia du Wikimooc [URL consultée le 26/3/2016).

iii Ç’aurait pu être un Mooc traitant de science politique ou de droit constitutionnel en rapport avec mes études universitaires actuelles. Je n’étais pas spécialement à la recherche d’un Mooc « technique ».

iv Si vous êtes curieux : « Contrôle de conventionnalité« .

v « La règle du jeu ; papier s’il vous plaît! ». [URL consultée le 26/3/2016).

vi Je vous parle d’un temps que les moins de moins de vingt ans (et même de quarante) ne peuvent pas connaître : je suis passé par le concours post-baccalauréat d’accès à une école normale d’instituteurs chère à mon cœur : Auteuil (aujourd’hui absorbée dans l’Espé de Paris). Les ENI (antérieurement à la loi Savary de 1984) ne relevaient pas de l’enseignement supérieur avec lequel les collaborations étaient alors,généralement des plus limitées. L’Université (comme usager) est donc un univers tout nouveau pour moi même si, dans l’exercice de mes responsabilités syndicales, je m’y suis intensément intéressé.

vii Voir la page de discussion du Wikimooc (URL consultée le 26/03/2016).

*L’invité de la boîte à outils :

Luc Benz

Luc Bentz, 61 ans, est officiellement professeur des écoles honoraire depuis le 1er septembre 2015 et effectivement étudiant de L1 de Science politique (Nanterre) depuis le 14 septembre de la même année. Il a exercé des responsabilités syndicales nationales, notamment sur les questions de Fonction publique. Intéressé par l’histoire (notamment l’histoire sociale) et l’action publique, il rend compte, quand il le peut, de sa vie d’« Étudiant sur le tard » sur un blog invité de l’Express.

 

 


Crédit image de une : présentation WikiMOOC par Marc Brouillon en cc sur Wikimedia Commons.


Un billet à lire en complément, publié simultanément par Émilien Ruiz sur Devenir Historien-ne : « Que faire de Wikipédia ?« 

 

Print Friendly

7 réflexions au sujet de « Un étudiant (sur le tard) au WikiMOOC »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *