Archives de catégorie : Invités

La médiation patrimoniale à l’ère numérique

Compléter les compétences de médiation patrimoniale par l’usage du numérique.  Valorisation du patrimoine via la création d’un site web en formation initiale

Bertrand Mocquet,
Marie-Hélène Sangla,
Julien Lugand
Sarah Maugin (*)

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Introduction

L’ambition de cet article est de partager et d’échanger sur une pratique enseignante débutée il y a trois années universitaires au sein d’un Master 2 Professionnel « Gestion, Conservation et Valorisation du Patrimoine territorial » à l’Université de Perpignan. Cette pratique ne se veut pas modélisatrice ;  il  s’agit de montrer une voie de développement des compétences de médiation patrimoniale par l’usage du numérique. Cet enjeu, que nous percevons comme primordial, sera évoqué dans un premier temps. Nous décrirons ensuite la genèse de ce dispositif de formation initiale, en insistant sur son coté interdisciplinaire, mêlant l’histoire, la valorisation patrimoniale et les sciences de l’information et de la communication, plus particulièrement le développement des usages du numérique. Enfin, nous laisserons la parole à plusieurs étudiants – récemment diplômées (2014 et 2015) et maintenant en activité, ou ayant suivis cette année la formation – afin d’avoir leur impression sur l’apport de l’usage du numérique dans leur pratique de la médiation. Continuer la lecture de La médiation patrimoniale à l’ère numérique

Utiliser Twitter en historien-ne ?

par Sébastien Poublanc *

 

Ah, les réseaux sociaux ! Que l’on soit un fervent partisan de leur utilisation, qu’on les délaisse sciemment ou qu’on les haïsse cordialement, ils ne laissent personne indifférent. Malgré ce statut, ils sont quasiment absents dans l’évocation de nos pratiques de recherche. Facebook,  Twitter, mais aussi Academia, ResearchGate… sont pourtant à la disposition des historiens qui les utilise de manière très empirique.

Je ne ferai pas ici le compte des avantages et des inconvénients de chacun ; je ferai au contraire un retour d’expérience basé sur l’un d’entre eux – Twitter – afin de s’interroger sur la place qu’on peut lui accorder dans nos pratiques. Continuer la lecture de Utiliser Twitter en historien-ne ?

WikiAudition Histoire – édition 2016

Le wiki histoire reprend du service !

Comme chaque année, la page de suivi des recrutements en histoire est ouverte, grâce notamment au soutien de l’AFHE, qui l’héberge.

Il s’agit de rassembler, en un lieu facile d’accès toutes les informations relatives aux recrutements de maîtres de conférences et professeurs en histoire (sections 21 et 22 du CNU) pour la session synchronisée 2016.

Le bilan de la campagne 2015 est toujours mitigé : les taux d’informations relatifs aux postes s’améliorent, et certaines (encore rares) universités affichent désormais les dates des auditions sur leur site. Mais il reste encore difficile d’avoir les informations sur les postes de la section 21, et pour les postes de professeurs en général. Nous comptons donc sur vous ! Continuer la lecture de WikiAudition Histoire – édition 2016

Sur le bureau de l’historien

par Sébastien Poublanc *

 

YAPH5YcwHistorien. s. m. Celuy qui escrit l’histoire, ou une histoire. Bon historien. historien digne de foy. fidelle historien. les historiens modernes. historien contemporain. escrire en historien.

Dictionnaire de l'Académie française, Première Édition (1694)

La notion d’écrire l’histoire est bien ancrée dans la profession d’historien : elle possède ses codes, ses usages, ses représentations ; elle n’est pas seulement une technique (annonce de plan, citation, notes en bas de page), elle est aussi un choix (1). Or, si l’écriture de l’histoire est une réalité indiscutable, les conditions techniques dans lesquelles elle s’effectue ne sont guère étudiées. Celles-ci constituent pourtant un paradigme influençant la façon dont le chercheur perçoit la réalité et réagit à cette perception. Continuer la lecture de Sur le bureau de l’historien

Les archives de l’American Jewish Joint Distribution Committee en un clic !

Par Laure Fourtage 
[Ceci est un « guest post » de Laure Fourtage. Doctorante en histoire contemporaine à Paris I, elle prépare une thèse sur les survivants juifs des camps en France après-guerre. Elle a publié « Accueillir les déportés juifs en France (novembre 1943-novembre 1945) » in C. Zytnicki (dir.), Terre d’exil, terre d’asile, Migrations juives en France aux xixe et xxe siècles (éd. de l’éclat, 2010) et « Les organisations juives d’aide sociale et l’insertion professionnelle dans l’immédiat après-guerre« , Archives Juives, n°45, 2012, pp. 10-26. En parallèle, elle est responsable du service des archives d’ORT-France et guide-accompagnatrice pour le Mémorial de la Shoah. Voir sa page personnelle pour plus d’informations] 

Très tôt dans ma recherche doctorale, le rôle fondamental de l’American Jewish Joint Distribution Committee (Joint), révélé à travers les archives d’autres institutions et les travaux consacrés à cette organisation, m’est apparu. Au moment où l’opportunité s’offre à moi de pouvoir – enfin – consulter les fonds de cette organisation juive internationale de secours, répartis à New-York et Jérusalem, l’archiviste du centre américain, Misha Mitsel, me signale que pour la période qui m’intéresse, les archives sont aujourd’hui consultables en ligne sur leur site internet, et même téléchargeables !


Cette information me plonge alors dans une certaine perplexité… si tout est en ligne, cela signifie que je n’ai plus besoin d’aller sur place. Depuis toutes ces années, un rêve, alimenté par les évocations de mes collègues et ami(e)s qui en revenaient, s’était niché dans un coin de ma tête. Ah, Laura, Constance, Julia, et Martin, je vous enviais, vous aviez vu du pays et des archives ! Vous aviez traversé des frontières et des mers à la recherche de petites pépites pour votre thèse ! 

Déterminée à ne pas renoncer à mon rêve, je me dis alors que le fonds en ligne doit certainement être incomplet, impression laissée aussi par le fait que je n’avais pas obtenu de résultats concluants après une première recherche dans la base de données. Mais en fait, il n’en est rien. Après avoir pris le temps de lire les instructions sur l’utilisation du mode de recherche en ligne – une vidéo-tutoriel et un guide d’usage vous donneront toutes les explications nécessaires – et quelques essais, je dois me rendre à l’évidence : tout y est et en plus, l’outil est très bien fait !

– How To Search the JDC Archives Text Collections –

(Sur la page des archives, vous trouverez aussi un tutoriel sur la base de données de photos)

Une chose est sûre : il va faire des heureux. Neuf collections, représentant des dizaines de milliers de documents (900.000 pages) sont déjà disponibles sur leur site internet, auxquelles s’ajoutent une base de 55.000 photos numérisées et un index de 500.000 noms. Le tout couvre une large période de l’histoire du Joint : 1914-1977. 


Aperçu des thématiques abordées


Sa longue expérience en matière d’assistance, son rayonnement international (plus de 90 pays) et ses multiples interactions avec des organismes publics et privés, font de cette organisation un acteur incontournable pour tout chercheur qui s’intéresse non seulement à l’histoire juive contemporaine mais aussi plus largement à des questions sociales, d’aide humanitaire, de gestion de population en danger ou en difficulté dans le monde entier.

On ne peut donc que se réjouir de ce projet de numérisation et de mise en ligne progressive de leurs archives qui représente un gain de temps et une économie d’argent très appréciables pour le chercheur.

Et puis de toute façon, il y a bien d’autres archives à voir là-bas…

Récapitulatif des liens : accéder aux tutoriels vidéos et formulaires de recherche ; aux outils de recherche avancée ; naviguer dans les collections. Page d’accueil du site du Joint; page d’accueil des archives du Joint ; informations pour les chercheurs.

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Quel réseau social pour les chercheurs en histoire ?

par Frédéric Clavert

[Ceci est un « guest post » de Frédéric Clavert. Historien, il a soutenu sa thèse sur Hjalmar Schacht, financier et diplomate 1930-1950 en 2006 et l’a publiée chez PIE-PeterLang (Bruxelles) en 2009. Après avoir été ATER à l’Université de Strasbourg, il est devenu chercheur, au CVCE (Luxembourg) où il est « responsable scientifique Digital Humanities ». Il est l’un des contributeurs du blog zotero francophone. Voir son site personnel pour plus d’infos.]

Le récent lancement de Google Plus – pas encore pleinement ouvert à l’ensemble du public –, m’a poussé à reprendre une réflexion, entamée ici, sur les usages des réseaux sociaux pour chercheurs, particulièrement en histoire.

Quel intérêt ?

La première question à se poser est la suivante : y a-t-il un intérêt pour un chercheur à s’inscrire sur un réseau social ? La réponse est des plus délicates, tant les raisons de s’y inscrire ou de les éviter peuvent être nombreuses, mais, surtout, personnelles. Je propose ici quelques pistes, sans avoir la prétention d’être exhaustif et sans avoir opéré une enquête scientifique auparavant.

  • Soigner son identité numérique vis-à-vis des institutions ou personnes – souvent d’autres chercheurs – que votre profil, votre recherche peut intéresser à l’occasion d’une recherche d’emplois, de l’organisation d’un événement scientifique, d’une publication, de la préparation d’une réponse à un appel à projet…
  • Mettre en place une réponse à un appel à projet. La recherche étant de plus en plus financée par appels à projets, un réseau social peut être intéressant pour communiquer intensément avec toutes les parties prenantes pendant la phase de préparation du projet de recherche, surtout quand ce dernier implique des chercheurs venant de plusieurs pays ;
  • Coordonner un programme de recherche – là-aussi, surtout quand le programme de recherche implique des chercheurs issus de plusieurs pays ;
  • Organiser une conférence – pour ma part, je me suis inscrit il y a quelques années sur Facebook, parce que c’était une condition pour participer à une conférence ;
  • Garder le contact avec d’autres chercheurs – bien sûr mail et téléphone peuvent suffire mais les réseaux sont un instrument supplémentaire ;
  • Articuler une activité sur les réseaux sociaux avec d’autres activités numériques : si vous avez un blog ou un site web d’un autre type, utiliser twitter ou Facebook permet à la fois d’assurer la promotion de votre blog/site et d’en assurer le service après-vente. En clair, la participation aux réseaux sociaux permet de compléter vos activités sur le web. C’est ce qui est pratiqué sur ce site web, dont les deux éditeurs principaux sont présents sur twitter et ont créé un compte twitter pour La Boîte à Outils des historiens : @boite_a_outils. C’est ce que je fais pour le blog zotero francophone avec la création du compte @zfrancophone.
Il existe également des raisons de ne pas aller sur les réseaux sociaux :

  • Soigner son identité numérique : ne pas maîtriser (ou ne pas avoir envie de maîtriser) ce que l’on dit sur un réseau social peut être problématique. La solution la plus simple est alors de ne pas s’investir sur les réseaux sociaux. Il existe des moyens moins radicaux, mais complexes : mieux régler ses paramètres de confidentialité. Personnellement, j’ai passé mon compte twitter en « privé » depuis peu, pour garder une certaine liberté de parole et j’ai ouvert un compte « officiel » avec uniquement des propos « raisonnables » (et expurgés de mes tweets sur mes goûts musicaux douteux) ;
  • Ne pas risquer de transférer ses droits d’auteur à un opérateur privé : que feront Mendeley, ResearchGATE, Academia.edu des papiers que vous leur avez envoyés ? Il est fort à parier qu’ils utiliseront leur désormais immense base de données de publications pour peaufiner leur modèle économique ;
  • D’autres moyens vous suffisent pour mener vos activités de recherche ;
  • Le temps. Nous pouvons voir l’intérêt des réseaux sociaux, mais la denrée dont nous avons le plus besoin (après les archives, naturellement) et qui est la plus rare est… le temps.
In fine, le choix de s’investir sur les réseaux sociaux est largement personnel, en fonction de nos intérêts et de nos pratiques de recherche.

Mais une fois que la décision est prise, une difficulté apparaît : sur quel réseau social aller ? Ils sont légions et il n’est pas conseillé de se disperser – contrairement à votre serviteur qui s’est rendu compte lors de la rédaction de cet article qu’il était inscrit sur onze réseaux sociaux différents… ce qui est rigoureusement inutile et ne s’explique que par la volonté de tout tester et le soin apporté à cultiver son image d’historien geek.

Quel réseau social ?

Pour choisir un réseau social efficace pour ses recherches et ses activités liées à la recherche, il existe un premier niveau de choix entre trois types de réseaux sociaux : les généralistes (Facebook, Twitter, LinkedIn, Viadeo, Google Plus et le très embryonnaire diaspora…), les spécialistes de la recherche (Mendeley, ResearchGate, zotero, Academia.edu, etc) ou, encore, ceux qui tentent une interface recherche/société (le Français Knowtex, par exemple).

Dans le premier cas – les réseaux sociaux généralistes – il n’est pas très compliqué de gérer une multitude d’inscription grâce à des outils dédiés, parfois gratuits, comme les logiciels Tweetdeck, Seesmic, Yoono… Si l’on fait le choix (non exclusif avec le premier) de s’inscrire sur un réseau social spécialisé pour les chercheurs (ou la communication chercheurs-société), la gestion d’inscriptions multiples est plus complexe, puisqu’il n’existe pas de logiciels assurant la gestion de ses multiples identités. Il faut alors analyser précisément, bien plus précisément qu’avec les réseaux généralistes, les fonctionnalités, qui ne se recoupent pas toutes, de ces divers réseaux. Il faudra choisir celui qui correspond le mieux à vos besoins.

Le second niveau de choix est comme l’enfer : c’est les autres. S’inscrire sur Facebook si une majorité de vos contacts sont sur twitter ou choisir Mendeley si zotero est plus utilisé par vos collègues n’a pas beaucoup d’intérêt. Au-delà de vos collègues, l’environnement global d’un réseau social est important : Facebook, par exemple, peut engendrer beaucoup de bruit, d’infopollution. Pour limiter le bruit, s’orienter vers des réseaux pour chercheurs ou des réseaux pour « professionnels » comme LinkedIn peut être une bonne solution. En outre, dans le cas des réseaux sociaux spécialisés pour les chercheurs, certaines fonctionnalités ajoutent un plus indéniable, surtout quand elles touchent la gestion des références bibliographiques (Mendeley et zotero, même si les fonctionnalités de réseau social de ce dernier ne sont pas encore très nombreuse).

Le troisième niveau de choix me semble être les paramètres de confidentialité et leur maîtrise. Ce qui nécessite une lecture attentive des conditions d’utilisation et une compréhension assez fine des paramétrages possibles. Disapora et Google Plus en ont fait le cœur de leur fonctionnement, avec la notion d’aspects ou de cercles. Facebook se situe plutôt du côté obscur, encourageant, avec des changements de paramétrages réguliers, le « tout public ». Outre la confidentialité, il est utile de regarder si ces réseaux vous permettent de récupérer ce que vous y avez publié. C’est la fameuse « libération des données » – campagne très marketing de Google. Cette fonctionnalité est disponible sur Google +, mais également, si vous souhaitez fermer votre compte, sur Facebook. Je n’ai cependant pas testé ces options et ne peut donner de garantie sur leurs performances. Twitter – à ma connaissance – ne le propose pas, mais il existe des services sur le web qui peuvent archiver vos tweets. Je ne le conseille toutefois pas, car cela implique de se relancer dans la lecture des conditions générales du site d’archivage, ce qui est long et fastidieux.

Comment intervenir sur les réseaux sociaux ?

Une fois ces choix opérés, vient l’inscription. Mieux vaut bien définir son profil, le remplir le mieux possible, afin de limiter les demandes de contacts exotiques qui risquent d’accroître le bruit et les messages indésirables – auxquels vous n’échapperez néanmoins pas.

Ensuite, la plupart des sites vous offriront de rechercher automatiquement des contacts. À vous de savoir si vous voulez laisser twitter ou Mendeley accéder à vos contacts stockés sur votre compte e-mail. C’est pratique, mais le risque est de laisser ces réseaux envoyer en votre nom des courriers électroniques à vos contacts mails qui ne sont pas encore inscrits chez eux : il faut alors attentivement lire les messages qui s’affichent sur votre écran pendant cette étape. Troisième phase, il faudra, bien sûr, se pencher sur les paramètres de confidentialités.

Enfin, avant de participer plus amplement au réseau social, une petite période d’observation du comportement des autres est utile. Puis, il faudra se lancer et c’est à ce moment-là que vous saurez si vous avez fait les bons choix. Dans la plupart des cas, les comptes peuvent être effacés… mais parfois avec de grandes difficultés.

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Si vos choix ont été les bons, je peux toutefois vous dire que le temps consacré à un ou quelques réseaux sociaux sera largement compensé par les bénéfices que vous en retirerez. Pour ne parler que de mon cas, grâce à Twitter – outre le fait que je n’aurais sans doute jamais publié cet article sur ce site, puisque je connais ses deux éditeurs via ce réseau social – j’ai rencontré autant de chercheurs qu’en participant ou organisant des colloques.

Ces contacts « virtuels » sont complémentaires des relations nouées pendant les colloques. Ils ont étendu mon horizon scientifique, accentuant son interdisciplinarité, me poussant à discuter de préoccupations communes (l’évaluation de la recherche, par exemple) avec des biologistes, à parler interdisciplinarité avec des sociologues – et, là où j’ai fait mes études, ce dialogue est quasiment impossible -, à m’investir dans les Humanités numériques en développant des liens avec des chercheurs de nombreux pays. Et ces contacts sont durables et solides. En outre, cette activité sur les réseaux sociaux est très complémentaire de mes autres agissements sur le net. Elles complètent mon site personnel et le blog zotero francophone. C’est également ce que font Émilien et Franziska avec La Boîte à outils. Ce sera vraisemblablement l’objet d’un autre post. 

Liens supplémentaires :

Le top 20 des réseaux sociaux scientifiques : http://www.knowtex.com/blog/le-top-20-des-reseaux-sociaux-scientifiques/ (qui ne cite pas zotero, l’estimant trop peu social) ;
Dan Gillmore, « Google+ forces us to question who owns our digital identity », The Guardian : http://www.guardian.co.uk/commentisfree/cifamerica/2011/jul/13/google-plus-online-identiy